« La paix et la liberté sont la garantie du bonheur des peuples » Serment de Mauthausen, 16 Mai 1945

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Homenatgen deu maquis al cementiri de Sant Mateu de Bages

Deu maquis morts a Coaner (Sant Mateu de Bages) per la repressió franquista avui fa 63 anys van rebre un homenatge aquest diumenge de l'Amical de Catalunya d'Antics Guerrillers. L'acte es va fer al cementiri de Sant Mateu i va comptar amb la presència de la presidenta dels Amics i Amigues de la Resistència del Finisterre, la francesa Anne Friant, que es va comprometre en seguir buscant amics i famílies dels morts, la major part dels quals encara són per identificar. També va lloar la tasca dels difunts per restablir la llibertat i la democràcia a Europa.
REGIO 7 du 10/12/07
 

 Un homenatge recupera la memòria dels maquis enterrats a Sant Mateu

Un sol radiant i un vent insistent van acompanyar ahir al matí els assistents a l´homenatge als deu maquis enterrats al cementiri de Sant Mateu de Bages. Tot i que fa més d´una dècada que una placa els recorda en una de les parets del recinte, la memòria d´aquelles víctimes de la repressió franquista feia temps que no s´honorava. L´acte d´ahir va serpossible gràcies a l´afany de Marcial Díaz, que va tenir contacte amb els maquis en la seva joventut, i de l´estudiosa francesa Patricia Le Du.
TONI MATA I RUI / MANRESA «L´Amical de Catalunya d´Antics Guerrillers a Juan Maria (Finisterre, França) i a 9 guerrillers més morts per la llibertat a Coaner (Sant Mateu de Bages) el 10-12-1944». La placa només reconeix la identitat d´un dels maquis enterrats, ja que es desconeix el nom de la resta. L´acte va comptar amb la presència de representants dels Amics i Amigues de la Resistència del Finisterre (departament de la Bretanya francesa). La seva presidenta, Anne Friant, va comentar que «estic aquí per saludar Juan Maria i els nou companys que descansen sota aquesta terra. Aquests homes, pel seu coratge, la seva alta idea de la dignitat, el seu ideal de solidaritat, ens han permès en una Europa lliure, democràtica i, per fi, en pau». Friant també va comentar que «els Amics de la Resistència faran tot el possible per donar-los un nom i trobar la seva família». Patricia Le Du, per la seva part, va expressar la seva «admiració sense límits» pels antics combatents que «van lluitar a Espanya amb la República, després a França contra els alemanys i van tornar a Espanya novament». Le Du va llegir el poema «Llibertat», de Paul Eluard 

Monsieur Colinas

Choses vécues et jamais racontées
Publié sur Internet par M. Manau
Les maquisards de Sant Mateu De Bages 
Souvenirs d’un passé que j’ai personnellement vécu. 

Durant l’année 1942[1], alors que je travaillais comme apprenti boulanger dans la boulangerie de Monsieur José Puigdellivol, à cette date patron boulanger au petit village de Sant Mateu De Bages, dans le canton de même nom, entre Manresa et Súria, j’ai été témoin et j’ai connu de très près les événements qui concernent les maquisards durant ces mois qui vont de septembre 1942 au début de l’année 1943.  
On avait entendu dire que ces guérilleros se trouvaient dans les parages et qu’on les voyait passer dans les environs. On disait qu’ils abordaient les paysans en train de travailler dans les bois, qu’ils leur remettaient une somme d’argent et qu’ils les envoyaient leur acheter des vivres et autres denrées à Súria (agglomération proche de Sant Mateu de Bages) pour éviter ainsi de se montrer et pouvoir subvenir à leurs besoins. Et lorsqu’ils avaient tout (des denrées alimentaires, des vivres et tout ce qu’il leur fallait) ils s’en allaient sans oublier de les prévenir que s’ils les dénonçaient à la « Guardia Civil » ils reviendraient « pour les descendre ». 
Ils avaient déjà fait irruption dans quelques fermes, entre autres au Mas Rabasa, où ils avaient fait main basse sur du linge, de l’argent, des fusils de chasse. Le propriétaire de la dite maison occupait alors un poste à la Mairie de Sant Mateu. 
Durant mon séjour dans ce village, alors que je travaillais à la boulangerie où il y avait un four à pain, entre septembre et décembre, deux ou trois fois par semaine et à la tombée de la nuit, un homme blond et grand venait à la boutique faire ses achats. Après avoir observé les environs, il entrait et il achetait plusieurs miches de pains (entre 6 ou 7 miches) de 2 kilos, et aussi plusieurs autres produits alimentaires et, chaque fois, il payait son compte. Nous avions remarqué que quand il sortait de la boutique il partait toujours dans la même direction, vers la montagne. Nous, les gens de la maison, nous nous demandions si c’était un maquisard et notre perplexité était grande.  
Après plusieurs de ses visites, un jour mon patron s’aperçut que quand il se baissait pour charger sur son épaule son sac avec ses achats, on pouvait voir, sous sa veste, la crosse d’un pistolet. Avec cette preuve, le doute ne fut plus permis: il s’agissait bien d’un maquisard qui venait acheter des vivres pour son groupe.  
Les jours passèrent, peut-être un mois, et l’individu nous rendait visite comme d’habitude, avec la même assiduité, deux ou trois fois par semaine. Le lundi 6 décembre, mon patron me commanda d’atteler le cheval (un cheval arabe) à la carriole avec laquelle, chaque lundi, il allait faire ses achats à Manresa. Habituellement il était de retour à la nuit tombante.
Ce jour-là il revint un peu plus tôt car il avait l’intention d’aller chasser avec des voisins. En effet, mon patron était un grand amateur de chasse, mais ce jour-là on pouvait lire sur son visage qu’il se passait quelque chose de pas ordinaire.
Dans la boutique, des messieurs attendaient que la fournée fût cuite.Mon patron me dit : « Alberto, détèle le cheval, conduis-le à l’écurie et, ensuite, rentre la marchandise qu’il y a dans la carriole ».
J’ai fait ce qu’il m’avait dit et je suis revenu à la boulangerie où étaient ces trois hommes qui attendaient le pain. Il y avait là le Florencio de Cal Pubill et Monsieur Emilio en compagnie de mon patron qui leur expliquait qu’il n’était pas possible d’aller chasser parce que la « Guardia Civil » l’avait interdit parce que la zone était pleine de maquisards.Mon patron me dit : « Alberto, mets los volets en bois à la porte et dépêche-toi de la fermer ».
Pendant que je finissais de visser le dernier écrou, j’ai senti qu’on me poussait violemment de l’extérieur pour essayer d’entrer. 8 ou 10 hommes armés de pistolets et de pistolets mitrailleurs entrent dans la boutique ; certains portaient un uniforme militaire, d’autres non, et ils s’adressent à mon patron et ils font sortir les deux clients et ils les obligent à rentrer chez eux. L’un d’eux donne l’ordre de couper le fil de l’unique téléphone qu’il y avait au village. La Irène, ma patronne, leur dit de ne pas le couper parce qu’il n’y en avait pas d’autre dans le village qui était le central et parce que si dans une famille un cas urgent surgissait on ne pourrait même pas appeler le médecin.
L’un d’eux ordonne de monter la garde là, prés du téléphone. Moi et les trois femmes de la maison, ils nous bouclent dans la cuisine également sous la garde de l’un d’eux. D’autres parlaient entre eux les autres étaient en train d’emporter toutes les conserves et tout ce qu’il y avait dans la boutique, y compris le rationnement que le transporteur Abastos y Transportes (« Fournitures et Transports ») livrait chaque mois pour l’ensemble du village.
Pendant que tout cela se passait, moi je savais que mon pain était en train de cuire dans le four. Il me fallait le sortir du four et alors j’ai dit à l’homme de garde : « Mon pain est dans le four. Est-ce que je peux aller le sortir ? » Ce maquisard m’a accompagné jusqu’au fournil, il a jeté un coup d’œil au fournil et il est sorti. Moi, une fois seul, au lieu de sortir le pain du four, j’ai essayé de ficher le camp en passant par la porte du fournil qui ouvrait sur l’écurie et qui avait un verrou. Mais en poussant le verrou j’ai fait du bruit et, de l’extérieur, une voix m’a dit : « Si tu sors tu es mort ». J’ai reculé, j’ai sorti mon pain du four et une fois cela fait, je suis retourné dans la cuisine où il n’y avait plus personne. Tout était vide. Deux maquisards avaient des papiers dans la main qu’ils ont remis au patron en lui disant : « Si vous nous dénoncez nous viendrons vous chercher pour vous descendre ».
Je pus lire ce qui était écrit sur le papier :

« 6 décembre 1942,
Ce jour nous avons fait acte de représailles contre don José Puigdellivol à qui sera rendu la valeur de tout ce qui a été saisi chez lui dans le cas où
s’avèrerait faux ce qui lui est imputé ».
Signature et tampon :
Groupement de guérilleros reconquête d’Espagne
Troisième groupe, Troisième bataillon. »

Dans la conversation qu’il eut avec les maquisards ces derniers lui demandèrent un pistolet qu’il possédait. Lui niait en posséder un alors les guérilleros sont montés dans la chambre de mon patron et ils l’ont trouvé. En plus de l’arme ils ont emporté 35.000 pesetas, des costumes, des chemises et du linge de corps. Ensuite les maquisards sont partis et nous sommes restés seuls et effrayés ; les femmes pleuraient à chaudes larmes. Le mari qui faisaient les cent pas dans sa maison, très excité, a dit : « Ça ne peut pas se passer comme ça » et mon patron me dit : « Alberto, prends le téléphone et fais le numéro de la Gardia Civil de Súria », qui était le poste de la Garde Civile auquel était rattaché notre village ; la communication fut établie et il put parler  avec le responsable à qui il fit raconta les faits.
Sur le moment, il y eut un doute parmi nous… Et si ceux à qui j’ai parlé au téléphone ce n’était pas la Garde Civile ? Si les guérilleros étaient branchés sur la ligne? Alberto, refais le numéro... J’ai refait le numéro et Monsieur Puigdellivol a demandé : « Est-ce que je vous ai parlé il y a un moment ? » Et ils lui ont répondu oui.
Le patron m’a dit. « Alberto, va au mas Burrión et à la ferme Carme et à la ferme Pubill et demande-leur si, demain, de bonne heure, ils peuvent accompagner les Gardes Civils pour leur montrer le chemin pour aller dans la montagne là où on pense que se trouvent ces guérilleros ».
Dans ces trois fermes ils se sont excusés pour cette tâche. Cette nuit-là j’ai eu très peur parce que d’une ferme à l’autre, entre ces trois différentes fermes, il ya une bonne trotte. Je reviens à la boutique après être allé faire cette commission et je dis que personne ne pourra venir parce qu’ils ont prévu d’autres choses à faire. Mon patron me dit : bon couche-toi – il était une heure du matin - demain je te réveillerai très tôt. On supposait que les maquisards se trouvaient dans une ferme abandonnée dont il ne restait que les caves qui étaient en arc de cercle. A cinq heures du matin les premiers camions de la Guardia Civil ont commencé à arriver devant la maison. Le patron les attendait ; il leur a offert à manger et à boire et avec les premières lueurs de l’aube voilà qu’il faut nous mettre en route. « Partons ! Qui vient avec nous ? » Mon patron répond : « Moi seul, Monsieur, personne d’autre n’est venu ; donnez-moi un fusil », et il est parti avec eux.
Pendant que cette troupe montait de Sant Mateu de Bages, un autre peloton montait de Súria et de Coaner jusqu'à l’endroit fixé. Vers 9 H et demie du matin, moi j’allais porter son casse-croute à mon frère Ramón qui était de la classe 42 et qui travaillait à la mine de charbon de cal Carne (sic). Pendant que mon frère déjeunait et alors que je me trouvais en sa compagnie nous nous avons parfaitement entendu quand les forces de l’ordre sont entrées en contact avec les maquisards parce que nous avons entendu la fusillade et aussi des explosions depuis l’endroit ou nous nous trouvions ; ça a duré presque une demi-heure. Et ensuite, plus aucun bruit.
A deux heures de l’après-midi les forces de l’ordre sont revenues avec pas mal de matériel. Des grenades, des mitraillettes et même une mitrailleuse et aussi beaucoup de munitions. Moi j’ai demandé à mon patron : « Qu’est-ce qui s’est passé ? De là où nous nous trouvions on a entendu beaucoup de coups de feu ». Il m’a répondu : « De notre côté il n’y a eu aucun blessé, de leur côté, 9 maquisards sont morts, celui qui montait la garde s’est enfui lorsqu’il a vu que toute la zone était cernée ». Ce jour-là avait été très favorable aux forces de l’ordre parce que la montagne était enveloppée d’un épais brouillard et il faisait un froid intense.
Ces corps sont restés sur place ; il fallait les enterrer. Trois jours plus tard on a cherché un camion pour les transporter jusqu’au cimetière. José de la ferme Rabasol en avait un et c’est lui qui a fait le transport. De la maison où ils étaient jusqu’à l’endroit où le camion pouvait arriver il y avait une distance de presque deux kilomètres et avec une très forte pente et c’était en plein bois.
On a désigné plusieurs jeunes du village pour cette tâche et parmi eux il y avait deux de mes frères.
Pour transporter les corps qui étaient entièrement gelés ils ont coupé 9 sapins assez hauts et pas trop gros et après avoir ligoté chaque corps au tronc d’un sapin il a été possible de les traîner jusqu’au camion. Le lendemain on a pu vérifier que dans d’autres maisons inhabitées d’autres groupes avaient séjourné et qu’ils avaient quitté les lieux lorsqu’ils avaient entendu les coups de feu. Le lendemain dimanche, on a laissé les corps à terre, dans le cimetière, après les avoir déchargé du camion. Les gens du village ont assisté à la scène à une distance de 50 mètres.
Ils nous ont fait venir nous qui avions été présents à la boulangerie lorsqu’ils étaient venus faire leur pillage et ils nous ont demandé si nous reconnaissions l’un d’eux. Etaient également présents trois messieurs de Solsona qui avaient été dévalisés quelques jours auparavant quand ils s’acheminaient avec, dans leurs poches, les salaires qu’ils devaient verser à ceux qui travaillaient là. L’un après l’autre on nous les fit regarder mais nous ne reconnûmes aucun d’eux. On fouilla toutes leurs poches et on ne trouva sur eux que des monnaies françaises. L’un d’eux avait une médaille de Saint Antoine ; sur leurs maillots de corps il y avait un numéro qui les identifiait. José de la Rabassola éclata en larmes parce que son camion avait été taché de sang et on le lui lava. Ils furent enterrés dans le cimetière dans une fosse commune. 
Après tous ces événements nous vécûmes des jours plus paisibles. Deux semaines plus tard arriva au village un détachement de la Guardia Civil sous les ordres d’un Valencien du nom de Luis Garrido. Ils s’installèrent chez nous, dans la boulangerie où ils dormaient et nous mangions ensemble. Quelques jours plus tard arriva aussi une compagne militaire (au total 102 militaires) qui s’installa dans la salle de bal qu’il y avait au village. Moi, tous les jours, il me fallait faire les miches de pain pour toute cette troupe, pour le capitaine, le sous-lieutenant et le lieutenant. Chaque jour, en plus, je leur faisais du pain blanc. Le capitaine s’appelait Capitaine Cabanillas ; avec tous ces hommes, tant avec la Guardia Civil qu’avec les militaires, nous fûmes amis.
Des mois passèrent et on entendait encore dire que l’on voyait passer quelques groupes de maquisards qui circulaient dans certaines zones.Un jour, au début du mois de mars, dans la maison appelée Moli Del Carner, la patronne vit trois hommes armés qui se cachaient au milieu des haies de bambous qui séparaient les potagers du ruisseau de Fontanet, très près de sa maison, là où passait ce ruisseau. La Margarita eut peur et pensa qu’ils allaient venir chez elle. 
Elle devait porter leur repas à ses hommes qui travaillaient dans une vigne d’où on voyait très bien la maison et quand elle les eut rejoints elle leur raconta ce qu’elle avait vu et leur dit qu’elle avait peur. Les hommes qui travaillaient là lui dirent: « S’ils viennent à la maison, mets un chiffon blanc à la fenêtre » car on pouvait voir cette fenêtre parfaitement depuis la vigne où ils se trouvaient.
Peu après son retour chez elle les trois hommes armés frappent à sa porte et lui disent « Vous devez faire à manger pour 20 hommes ; nous viendrons manger à midi avec nos camarades », et ils s’en vont et la patronne, Madame Margarita, la première chose qu’elle a faite c’est d’attacher un chiffon blanc à la fenêtre. Son mari l’aperçoit et envoie un ouvrier au village le dire à la Guardia Civil. Les soldats étaient déjà repartis de San Mateu de Bages. Ce mas se trouve à une demi-heure du village. Huit guardias civiles s’équipent avec leurs armes, leurs fusils et leurs grenades et se dirigent vers la ferme. Ils arrivent dans le coin et ils prennent position bien à l’abri ; l’un d’eux entre par une fenêtre et, de l’étage, il entend les guérilleros et il constate qu’il n’y en a que trois qui sont en train de manger. Il attend qu’ils aient fini ; au dessert ils chantaient « Zaragoza est bonne ville si dans ta bourse tintent les louis ». Ils prennent leurs armes et l’un d’eux dit « En route, les gars et ouvrons l’œil !». (Ils n’avaient pas payé ce qu’ils avaient mangé !). Ils sortent et ils remarquent que dans les fourrés quelque chose ou quelqu’un bouge et l’un dit « La Guardia Civil, nous sommes perdus » et ils se sont mis à faire feu. La fusillade a duré environ une heure. Le maquisard qui était monté sur un mur de clôture, à l’arrière de la maison, tirait sur tout ce qui bougeait mais il ne savait pas que derrière lui il y avait un guardia civil caché. Celui-ci lui a lancé une grenade et il s’est écroulé déchiqueté. Des deux autres qui étaient juchés sur un mur devant la maison, un a été blessé et a pu s’échapper et son camarade qui était français, s’est rendu.Le fugitif est passé par quelques fermes et sous la menace il s’est fait soigner ses blessures. Deux jours plus tard on apprit qu’il avait été arrêté dans les environs du village de Flix.
Le prisonnier, après l’avoir menotté, ils l’ont conduit à la boulangerie qui était le poste de commandement. Ce jour-là et le suivant il est resté en notre compagnie ; le troisième jour ils l’ont conduit au poste de Berga pour l’interroger. Deux jours plus tard ils l’ont ramené à Sant Mateu de Bages pour l’exécuter. Il est resté toute la journée avec nous. Nous ne pouvions pas lui parler parce qu’il ne comprenait pas l’espagnol. Le soir venu nous nous trouvions regroupés autour du poêle que nous avions dans le bar du village. On lui a servi à souper, on lui a donné du café, un cognac, avec son dessert ; il était calme ; je suis sûr qu’il pressentait ce qui allait lui arriver. On a fait prévenir le curé du village et il est arrivé peu après. Il l’a prié de passer dans une salle à manger attenante au bar et il a reçu sa confession et pendant qu’ils étaient ensemble le prisonnier a écrit une lettre qui était adressée à sa femme laquelle vivait en France. Dans cette lettre il demandait de dire à ses deux filles qu’il allait être fusillé en Espagne et qu’il avait été induit en erreur. Cette lette n’a jamais été envoyée parce qu’elle a été brulée dans le poêle.
Cette nuit-là nous étions tous tristes parce que nous avions la sensation que nous avions affaire à un brave homme ; il nous disait que si nous ne l’exécutions pas il lutterait contre les guérilleros.
A dix heures du soir, l’heure de l’emmener au cimetière pour son dernier soupir était venue. Aucun des guardias civiles ne voulait participer à son exécution de sang froid, tous refusaient de se porter volontaires. Ils ont tiré au sort et le sort a désigné les guardias José Iglesias et Julián Carrasco. Ils l’ont emmené devant le cimetière ; ils ont tiré une rafale et puis le coup de grâce et c’est là que cet homme est tombé.Le lendemain, des gens du village l’ont enterré. Son camarade qui était mort dans la maison au cours de l’attaque, deux jours avant, quand ils mangeaient, fut enterré par mes frères et un voisin de mes parents. L’endroit se trouve près d’un ruisseau qui coulait derrière la Maison  Guinardé et on plaça une grande pierre sur sa tombe ; actuellement là où il est enterré c’est recouvert par un mur de soutien construit pour retenir les terres d’un champ qui est en surplomb. Le détachement de la Guardia Civil resta au village longtemps. Ils sortaient faire des rondes dans la zone et moi, chaque jour, à 9 H du matin, je devais aller porter le rapport au poste de la Guardia Civil de Súria (« De la part du détachement de Sant Mateu De Bages : Rien A Signaler » ) 
Anecdote : Un jour que se faisait la relève du détachement roulait à la tombée de la nuit, en direction de Sant Mateu de Bages, un camion plein de gardes civils et alors qu’ils abordaient le virage de la Vigne de Cal Agustí, dans le faisceau des phares du camion, ils ont vu, accroupis sur le terre plein, des gens armés. Ils ont stoppé et ils ont crié :  « Alte ! Qui va là ? »
Les autres se sont avancés. Ils leur ont demandé leurs papiers et ils ont sorti leurs cartes de phalangistes et comme ils étaient en uniforme ils leur ont expliqué qu’ils étaient des civils qui venaient de Barcelone et qu’ils avaient organisé cette expédition pour faire une battue dans les bois de la zone pour se battre contre les maquisards, mais qu’ils n’avaient vu personne dans le coin. « Bonne nuit et que Dieu vous garde » et tous poursuivirent leur chemin. A minuit le téléphone sonna ; on décroche et une voix dit : « Nous sommes ces phalangistes à qui vous avez demandé leurs papiers ; en réalité nous sommes des maquisards » et ils ont coupé. Deux jours après, on apprit qu’ils étaient entrés dans Barcelone.Après tous ces événements mes parents m’ont cherché un emploi à Solsona. Là-bas il y avait encore des compagnies de militaires pour venir à bout des maquisards infiltrés de France et ils étaient à la recherche de Massana et Sabater. 
[1]
« 1944 », correction manuscrite, mais alors il faudra corriger toutes les dates suivantes….

M. Manau

Page 152
 
 

Extrait de « Maquis y Pirineos » (Maquis [ou maquisards] et Pyrénées)
  
de Ferrán Sánchez Agustí

Une plaque posée par l’AAGE-FFI Catalogne, au cimetière de Sant Mateu de Bages, (Province de Barcelone), rappelle Jean Marie, fils d’émigrés galiciens, né dans le département du Finistère, en Bretagne (France), ainsi que neufs autres maquisards assassinés à « can Borrell de Coaner » (dans la commune de Sant Mateu de Bages), le 10 novembre 1944. Depuis plusieurs jours ils bivouaquaient dans ce mas abandonné. Ils rodaient par les fermes des environs, payant leurs vivres au prix du marché noir et ils venaient acheter des denrées alimentaires à la boutique de Puigdellívol. Ils n’avaient fait aucun mal à personne. Des « gardes civils » accompagnés de quelques membres du sometent[1] de Súria ont réquisitionné le fourgon du « Reguant » de la construction pour se rendre sur les lieux. Ils ont encerclé la ferme aidés par un épais brouillard. Bernat ou bien Vernet, le maquisard qui montait la garde, quand il se rendit compte qu’ils étaient cernés, s’enfuit sans avoir le temps de prévenir ses compagnons. En 1949 il se trouvait dans la prison de Alcalá de Henares, mais il n’avoua rien sur cette affaire pour ne pas aggraver son dossier parce qu’il était condamné à 25 ans de réclusion. Un autre maquisard parvint à s’échapper, mais il fut arrêté à Berga ; on le transporta à Sant Mateu de Bages pour le fusiller et on l’enterra avec ses camarades.

Le Commandant du Poste de la Guardia Civil de Súria força une porte pour pénétrer dans le mas et y entra subitement avec l’intention de faire feu, mais son arme s’enraya. Il s’en tira indemne parce que les maquisards ne réagirent pas sur le champ. Il y eut une brève fusillade, mais les maquisards se rendirent sans tarder parce qu’ils réalisèrent que leur situation était sans issue. Le sergent de la Guardia Civil, devant la stupéfaction de ses hommes et des éléments du « sometent » plaça les guérilleros dos au mur et les tua tous avec un pistolet mitrailleur. Après avoir vérifié leur pouls, il les acheva d’une balle dans la tête en déclarant à haute voix quelque chose du genre qu’il était homme à descendre un type aussi facilement qu’on tue une mouche

 [1]
Le sometent, actuellemet dissous depuis 1978, fut, à ses débuts, un corps armé d’autodéfense civile typiquement catalan

FERRAN SANCHEZ AGUSTI

P 230
 
 

Extrait de “Años 40 los maquis y el PCE” 
de Daniel Arasa

 

Mais le fait peut-être le plus dramatique et lamentable allait avoir lieu vers 8 heures du matin le 7 décembre 1944, au mas Borrell, une ferme à demi en ruines, dans la commune de Sant Mateu de Bages. Des témoins oculaires racontent les faits, des habitants de cette commune qui ont accompagné la « Guardia Civil ». « Sous les ordres d’un sergent sont arrivées des forces de la Garde Civile accompagnées par quelques citoyens de Súria. Ils ont demandé qu’on leur montre le chemin pour arriver au mas Borrell où ils savaient que se trouvaient les maquisards. On les a accompagnés pour leur montrer le chemin. Un maquisard montait la garde, mais il ne se rendit pas compte que ses ennemis arrivaient jusqu’au moment où ceux-ci furent tout près. Alors il s’enfuit sans pouvoir prévenir ses camarades. On cerna le mas et on bloqua les deux issues. Le sergent qui commandait les hommes de la Garde Civile força une porte et pénétra dans le mas en essayant de faire feu, mais son pistolet mitrailleur s’enraya et il ressortit en courant. Les maquisards, surpris, se préparèrent à se défendre et il y eut une courte fusillade, mais quand les maquisards comprirent qu’ils étaient encerclés, ils se rendirent. Ils étaient 9. Le sergent de la Garde Civile entra dans le mas et vérifia qu’il n’y en avait pas d’autres. Puis, aussitôt, il sortit et plaça les 9 hommes dos au mur et avec son propre pistolet mitrailleur et lui tout seul il exécuta les 9 maquisards. Puis il tira un coup de grâce dans la tête de chacun des maquisards mort ou moribond. Et même, après, il tâta leur pouls pour vérifier qu’ils étaient bien morts. Et il disait qu’il tuait plus facilement un homme qu’une mouche. Nous étions stupéfaits. Pour nous, les maquisards étaient des bandits de grand chemin, mais nous pensions qu’ils seraient arrêtés et emmenés en prison et nullement qu’il y aurait une telle tuerie. » Des gens du village disent que ça faisait des semaines que ces maquisards rodaient dans la région et qu’ils n’avaient fait de mal à personne et qu’ils passaient par les fermes en quête de nourriture, mais qu’ils la payaient avec des pesetas, scrupuleusement et de leur plein gré et nullement sous la contrainte des paysans et même au prix du marché noir.

Certaines unités du Régime de Franco ne faisaient pas de prisonniers. De leur côté peu de maquisards voulaient se laisser arrêter et quelques-uns se suicidèrent avant d’être capturés ainsi que le confirment des paysans et des « gardes civils » de diverses zones.

DANIEL ARASA