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Mort de Manolis Glézos,
statue grecque de la Résistance
« premier résistant d’Europe » par le général de Gaulle

Mise en ligne le 13 avril 2020

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Manolis Glezos en 1964 en Ukraine. Photo Sputnik. AFP
Source : journal Libération du 30 mars 2020

Mort de Manolis Glézos,
statue grecque de la Résistance

« premier résistant d’Europe » par le général de Gaulle

Au premier plan de la contestation contre la dictature jusqu'en 1974, cheville ouvrière de la gauche radicale en Grèce, le héros national s'est éteint ce lundi à 97 ans. Il était devenu célèbre dès 1941 en décrochant le drapeau nazi de l'Acropole.


Mise en ligne le 13 avril 2020

Ce 17 novembre 2019, Manolis Glézos, cheveux longs blanchis par le temps, est photographié, main droite sur sa canne, poing gauche levé. Il assiste à la commémoration du «soulèvement de l’Ecole Polytechnique». Le 17 novembre 1973, des jeunes Grecs se soulevaient contre une junte arrivée au pouvoir en 1967 avec l’aide des Américains, et qui n’allait le quitter qu’en juillet 1974. Des chars ont envahi Athènes pour mater la contestation, la répression a fait plus de 100 morts. Tous les ans, Manolis Glézos allait saluer leur mémoire. Cette scène qui semblait éternelle ne sera plus. Manolis Glézos est décédé ce lundi à 97 ans.

C’est d’abord dans la Résistance contre l’occupant nazi qu’il s’engage. Il n’a alors que 18 ans. Le 30 mai 1941, il gravit le sommet de l’Acropole avec Apóstolos Sántas pour détacher le drapeau nazi qui flottait sur la ville depuis l’entrée des troupes allemandes dans Athènes en avril 1941. Et le «premier résistant», selon le mot du général de Gaulle, multiplie les actions de résistance. D’ailleurs, Glézos est arrêté à plusieurs reprises, jeté en prison… Atteint de tuberculose, il parvient quand même à s’échapper avec d’autres «camarades». Ce mot, il le répétait dans les entretiens où il mettait systématiquement en avant la dimension collective de l’engagement et refusait toute glorification de sa personne.


Seize ans de sa vie en prison et en exil

Au fil des années, Manolis Glézos devient LA figure de la résistance à toute forme d’oppression. Pendant la guerre civile (1946-1949), il se bat aux côtés des communistes. Il reste membre de ce parti, le KKE, malgré son interdiction. En 1959, l’homme est même arrêté pour «espionnage» après avoir rencontré illégalement un dirigeant du KKE. Une campagne internationale de mobilisation s’ensuit. Pablo Picasso réalise alors un croquis «en soutien au héros de l’Acropole» qui fait la une de l’Humanité. L’URSS imprime un timbre à son effigie. Rien n’y fait : Manolis Glézos croupit dans les geôles grecques pendant trois ans. L’homme a la tête dure, et les convictions chevillées au corps : il y poursuit quand même ses activités politiques. Il parvient même à être élu député en 1961 ! Dès 1967, l’icône nationale est de nouveau au premier plan de la contestation contre la dictature. Le scénario se répète : arrestations, tortures, et exil pendant quatre ans sur des îles-bagnes égéennes. Jusqu’à l’installation de la démocratie en 1974, Manolis Glézos a été condamné 28 fois pour son activité politique, condamné à mort à trois reprises et a passé au total seize ans de sa vie en prison et en exil.

1303851-rassemblement-a-moscouRassemblement en soutien au militant anti-fasciste grec Manolis Glézos et autres patriotes emprisonnés, à Moscou, URSS, en juillet 1959. Photo Gamma-Rapho. Getty Images


En 2010, quand la crise grecque éclate, Manolis Glézos renoue avec la résistance. A l’austérité cette fois. Il prévient qu’elle mène à la destruction des services publics et au délabrement des hôpitaux publics. Il prône la démocratie directe renforcée, comme il l’a fait sur son île de Naxos. Il porte ses idées au Parlement européen où il est élu député en 2012 pour Syriza, la coalition de la gauche radicale grecque dont il est l’une des chevilles ouvrières. Mais il rompt avec ce parti en août 2015 après qu’Aléxis Tsipras a signé un accord avec l’Union européenne.


Manolis Glézos expliquait alors avec précision les raisons de ce désaccord à ceux qui lui rendaient visite dans son antre athénien aux allures de musée et de bibliothèque. Et il remettait à ses invités son «Livre noir de l’occupation» dans lequel il a listé les pertes humaines et économiques liées à cette période. La version est bilingue. «Pour ne pas oublier, pour faire savoir», disait-il.

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