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Une vie cachée : Antigone contre les nazis

August Diehl ne fait jamais de son personnage un être ouvertement héroïque, ce qu’il était pourtant.


Le Télégramme du 10 Décembre 2019

Mis en ligne sur le site le 11 décembre 2019
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L’Autrichien Franz Jägerstätter fut exécuté en 1943 à Berlin pour avoir refusé de participer à la barbarie du IIIe Reich. Terrence Malick rend hommage à un martyr inconnu de la Seconde Guerre mondiale.
Note de la rédaction : 3/5.

1939. Franz Jägerstätter vit en toute quiétude avec sa famille à Radegund, un petit village discret qui se croyait épargné des vicissitudes du monde par-delà les montagnes. La réalité se rappelle à eux lorsque tous les hommes valides sont réquisitionnés pour faire leurs classes au sein de l’armée allemande. Lorsqu’après des mois d’attente dans la crainte, palpable à chaque passage du facteur, il est rappelé, il refuse de se battre au nom d’Adolf Hitler, n’ignorant rien des risques encourus. Il est arrêté puis condamné à mort…

Une détermination sans faille

S’il n’est pas tombé, comme tant d’autres, dans les oubliettes du conflit, c’est grâce à la découverte de sa correspondance avec sa femme par Gordon Zahn, un pacifiste américain qui visita Radegund dans les années 70. 
Au nom de ses valeurs et de son amour pour sa femme Fani, Franz Jägerstätter a refusé de se soumettre au régime nazi, malgré les pressions constantes qu’exerçaient, sur lui et les siens, les autres villageois de plus en plus furieux de son attitude. On lui a offert la vie contre son allégeance, mais il n’a jamais cédé, au nom de ses principes. 
La détermination tranquille de ce modeste paysan, destiné à une vie « cachée », rappelle l’entêtement aussi inutile que vital mené par Antigone au temps de la Grèce antique. Elle révèle la profondeur du renoncement de ses contemporains qui lui reprochent sa lâcheté alors qu’il devient le catalyseur de la leur. Même sa belle-sœur qu’il recueille et sa mère lui tournent le dos, pourtant, il ne cherche pas à leur faire la moindre leçon. Il agit en son âme et conscience sous le regard d’un Dieu qui l’accompagne dans sa foi absolue en l’être humain. Il quête le soutien de hauts représentants du clergé et politiques mais se heurte à leur peur.

Pas un héros et pourtant !

Certes, il est possible de reprocher à Terrence Malick ses logorrhées spirituelles avec la caméra qui tourne en cercle infini pour saisir la splendeur divine de la nature, ou son style de plus en plus expérimental depuis « The Tree of life ». Son approche, liée à une dimension historique, se montre plus narrative, sans délaisser pour autant ses recherches formelles. La lenteur de la narration permet d’accentuer sa poésie et la condition métaphysique de la lutte solitaire de cet homme qui fait don de sa vie pour une cause supérieure à lui-même. 
August Diehl ne fait jamais de son personnage un être ouvertement héroïque, ce qu’il était pourtant. Son combat n’a pas été celui d’un résistant actif prenant les armes mais de quelqu’un qui n’a pu que dire non au pire et a payé un lourd prix pour son courage.
Drame historique de Terrence Malick, avec August Diehl, Valerie Pachner, Matthias Schoenaerts, Bruno Ganz et Michael Nyqvist.

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