Scaër : 2 Août 1944. Il y a 75 ans précisément.

Mis en ligne le 15 août 2019
Ci dessous :

Scaër 4 août - Libération de son territoire - Allocution rédigée par Yoann DANIEL et  lue par Serge MOAL.
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Libération de Scaër. L'allocution lue par Serge Le Moal, le 4 août, Place de la Résistance.
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élus, représentants de la gendarmerie,
Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs, familles de résistants, amis fidèles de la résistance,

2 Août 1944. Il y a 75 ans précisément.
Plus de 15 jours se sont écoulés depuis les événements dramatiques de Kernabat et Quillien. Le sang a séché au grand soleil sur les routes, mais les larmes coulent encore dans les familles des 18 jeunes hommes dont la vie fut fauchée par la barbarie nazie. Et pourtant, elle est encore là en cette veillée d'armes, prête au combat, déterminée, organisée, rompue aux sacrifices : l'armée de l'ombre.

Elle est emmenée par Emile Guéguen, Christophe Le Moal, Job Giguelay et Marcel Piriou. Ils rassemblent leurs hommes. Ils sont une centaine, ils sont des paysans, des commerçants, des artisans, des ouvriers, ils sont devenus une véritable armée. Ils le savent : nombre d'entre-deux vont mourir demain. Mais rien ne peut plus les arrêter, l'histoire est en marche.

Qu'est-ce qui les transcendent ? A l'issue de son combat, Nelson Mandela témoignait ainsi : « C'est auprès de ces camarades que j'ai appris, dans la lutte, le sens du courage. Je n'ai cessé de voir des hommes et des femmes risquer et donner leur vie pour une idée. J'ai vu des hommes et des femmes supporter des brutalités et des tortures sans craquer, montrant une force et une résistance qui défient l'imagination. J'ai appris que le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de la vaincre ». Du courage ? A n'en pas douter les combattants scaërois n'en manquait pas ! Ces longues années sous le joug des Allemands a forgé les caractères. Leur détermination est sans faille. « Nous n'avions même plus peur. Il y avait un travail à faire et nous devions le faire. On ne se posait plus la question de savoir si on allait mourir. On pensait surtout à nos familles, à nos enfants. Nous voulions un autre monde pour eux, quitte à en payer le prix le plus fort», témoignait un ancien résistant lors des cérémonies sur les plages du débarquement.

Après 4 ans d'occupation, c'est le dernier combat sur leur terre scaëroise. C'est la dernière lutte portée par les vents libérateurs. On imagine l'enthousiasme de ces hommes alors qu'ils vont, eux aussi, briser un maillon de la chaîne qui entrave le pays depuis si longtemps. Ils le savent parfaitement : harceler l'ennemi derrière la ligne de front est une mission essentielle pour la réussite du débarquement et de la reconquête. Et alors qu'ils sentent les troupes allemandes sur le départ, il est temps de frapper, de surgir par surprise, d'encercler l'ennemi, de lui faire mal. Chaque hommes tombés ici, chaque blessés, chaque matériels détruits, chaque fusils, chaque cartouches saisies, ne serviront pas sur un autre champ de bataille. Combien de vies sauvées ainsi ? C'est aussi cela qui fait la force de la résistance : au-delà des différences sociales, des divergences politiques, une solidarité et une fraternité à toutes épreuves. Et nous devons y associer les familles, et particulièrement les femmes dont le rôle est longtemps resté dans l'ombre, mais dont on sait aujourd'hui qu'il fut essentiel.

Début Août 1944. La commune de Scaër, ses maquisards et sa population s'apprêtent à se soulever, à se libérer du joug de l'occupant allemand. Quatre longues années se sont écoulées depuis la Blitzkrieg, Dunkerque, la débâcle et l'exode, l'appel du Général de Gaulle. Quatre années de terreur et de sang, en liberté surveillée, en constante apnée, submergées par une vague brune et pestilentielle qui refuse de se retirer. Quatre années durant lesquelles nombreux sont les femmes et les hommes qui passèrent de l'incrédulité et du fatalisme, à l'opposition puis à la résistance. Parce que face à l'injustice et à la violence, partout où elles apparaissent, il y a des hommes et des femmes qui se lèvent et combattent selon leur moyen mais avec la même volonté d'entretenir la flamme de la liberté, avec la même certitude de victoire, connaissant parfaitement le prix à payer.

Mais ces hommes et ces femmes n'étaient pas que des libérateurs. Depuis longtemps, ils avaient imaginé un lendemain, un lendemain qui chante… Et ce depuis l'établissement du Programme du Conseil National de la Résistance, présidé par Jean Moulin. Ce fut d'abord un lendemain organisé sur le plan logistique. Hôpital, administration, gestion des affaires courantes, rien ne fut laissé au hasard, à Scaër comme ailleurs. Il y eut aussi les comptes de l'occupation à solder… Parfois trop vite, avec trop de passion, sans mesure. Et c'est tout à l'honneur des héritiers de la résistance que d'avoir réhabilité dans nos mémoires l'honneur deux scaëroises : Jeannette Laze et Marie-Jeanne Noac'h. Avant que nous nous rassemblions tous ici, devant ce monument aux morts qui rend hommage aux héros des deux guerres mondiales, nous nous sommes retrouvés à Stang Blanc, sur le lieu de leur exécution, pour leur rendre hommage.

Mourir le 4 août 1944, fauché par une balle allemande, c'est le sacrifice effectué en notre nom par 31 jeunes scaërois, pour les générations futures, pour la justice et la liberté. C'est pourquoi il ne sera jamais futile de nous rassembler le 4 août car il s'agit de leur rendre hommage, de s'assurer qu'aucun des noms que nous égrainons lors de l'appel aux morts ne tombe dans l'oubli, de rappeler à tous le prix payé pour des décennies de paix, de prospérité et de sécurité. Nous le faisons sans culpabilité ni honte, mais avec admiration et reconnaissance.

Dans un monde troublé, où les repères sont difficiles à trouver, souvenons nous de la résistance, rappelons nous ces 31 jeunes scaërois tombés ce 4 Août 1944. Réjouissons nous de la liberté qu'ils nous ont offert par leur sacrifice. Ne tombons pas dans le piège des amalgames faciles, du repli sur soi, de la haine. Soyons digne d'eux et restons vigilants. Non, leur sacrifice ne fut pas vain. La bataille qui mena à leur perte et à la libération de Scaër est la conséquence d'actes courageux et désintéressés réprimés dans le sang. Il s'inscrit dans un ensemble qui ne laissa aucun répit à l'occupant et qui fini par le faire reculer.

Non, célébrer leur sacrifice chaque année n'est pas vain. C'est sain. C'est vital. Et le détail des faits que nous venons de rapporter doit être raconté pour que notre passé, aussi douloureux soit-il, nous permette de bâtir un meilleur avenir, pour qu'aucun sacrifice ne soit plus jamais nécessaire. C'est pourquoi nous devons nous rassembler toujours plus nombreux, ici, chaque année.

C'est pourquoi, ce que nous faisons, est chaque fois plus indispensable que l'année précédente.
Que la mémoire des résistants et de la résistance nous enseigne la vigilance, la détermination, la volonté de paix et de fraternité pour continuer à avancer vers les idéaux de liberté et de démocratie de nos glorieux aînés. C'est le sens de notre message.

Je vous remercie pour votre écoute.
Texte rédigé par Yoann DANIEL