Hommage à Jean KERDONCUFF
Anne Friant,

3 Descente du Douric.

29 170 Fouesnant.

anne.friant@wanadoo.fr
 
Hommage à Jean, le Résistant, de ses camarades et amis.



Ce lundi 14 septembre les Résistants et Amis de la Résistance du Finistère ont rendu hommage à Jean Kerdoncuff en l'église de Plougasnou.

Les drapeaux, les fleurs, les hommages disent le chagrin que nous éprouvons tous. Avec Jean, c'est une grande figure de la Résistance qui s'en va. Yves Autret, son camarade de combat et de clandestinité résume ainsi son parcours exceptionnel dans la Résistance:

«  Formation radio dans l'Armée de l'Air.
Un des premiers membres du groupe FTP de Brest avec Albert Yvinec, «  Capitaine Callac »,dont il fut le second.
Participe à plusieurs déraillements sur le Finistère nord et les Côtes d'Armor avec le groupe « Justice » de Morlaix.
Avec le Groupe Yvinec, chassé de Brest, il entre dans la clandestinité dans le Centre-Finistère.
Dans le maquis, il forme la compagnie FTP- Corse qui deviendra le bataillon Georges Le Gall.
Radio, il fut l'aide précieux de la mission de parachutage « Jedburgh ».
Il prend le commandement du bataillon Bir-Hakeim, sixième bataillon FFI du Finistère, regroupant les Résistants des monts d'Arrée, et combat pour libérer le Finistère.
Son pays libéré, il rejoint l'Armée de l'Air »

Pendant l'occupation, à deux reprises, en dépit des risques encourus par sa famille et par lui-même, il tenta de sauver le docteur Perper, sa femme et leurs trois enfants, famille juive selon les lois raciales en vigueur, résidant à Plounéour-Ménez. Arrêtés par des gendarmes français, ils furent internés à Drancy, déportés et exterminés à Sobibor. Jean ne s'en consola jamais.
Autre douleur, son frère Claude, jeune Résistant du groupe de Pleyber-Christ fut arrêté et déporté. Il ne revint pas.

Dans un livre maintenant épuisé*, Jean fait l'éloge des Résistants des monts d'Arrée, des femmes «  sans lesquelles rien ne fut possible », du village de Trédudon- le-Moine déclaré par l'Etat-Major FTP «  Premier Village Résistant de France ». Il fait le compte douloureux de ses martyrs: vingt-deux fusillés, seize déportés dont dix morts en déportation, onze tués au combat, un disparu.

Les lignes qui suivent, écrites par Jean Kerdoncuff*, recevons-les comme un dernier message:

«  La discrétion des survivants, la dispersion des responsables ( voulue et organisée) à la Libération, l'afflux massif des résistants de la dernière heure, la joie de la liberté, ont jeté un grand voile sur les extraordinaires exploits des soldats de l'ombre dans notre « montagne »; que ces quelques lignes que vous venez de lire, vous fasse partager toute l'admiration et l'émotion que je ressens en les écrivant. »
Il ajoute: «  Le Relecq-Plounéour-Ménez fut pour beaucoup de Résistants le chemin du ravitaillement, du repos, de l'espoir, parfois celui de l'angoisse et de la détresse, jamais celui du doute. Nombreux sont ceux qui y firent leurs derniers pas de combattants et d'hommes libres. »
Et enfin, cette citation de Pierre Brossolette (BBC, Londres 1942) choisie par Jean lui-même:
«  Ces hommes, je voudrais que nous les saluions. Tués, blessés, fusillés, arrêtés, torturés, chassés de leur foyer; combattants d'autant plus émouvants qu'ils n'ont point d'uniforme ni d'étendard; régiment sans drapeau dont les sacrifices et les batailles ne s'inscriront pas en lettre d'or dans les frémissements de la soie, mais seulement dans la mémoire fraternelle et déchirée de ceux qui survivront. »

A toi Jean, le Combattant de la Liberté, toute notre admiration, toute notre immense reconnaissance. Et toute notre émotion.

Anne
* Livre «  De jeunes ouvriers et paysans bretons dans la tourmente de l'occupation 
Jacob, Lucien, Pierre, Jean »