Plévin. Germaine Colléau, mémoire de la Guerre 1914-1918
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Les familles sont les témoins de la Grande Guerre, à l’instar de Germaine Colléau. En 1914, son grand-père était mobilisé, avant que son père ne le soit en 1918.
Germaine Colléau est passionnée de l’histoire locale et plus spécialement de l’histoire de Restélouet, son village. Née en 1925, la doyenne de la commune raconte ce qu’elle sait de la Grande Guerre. Car Germaine a une particularité : dans sa famille, son père et son grand-père ont été tous deux mobilisés en 1914-1918. Elle se souvient de ces soirs passés au coin du feu à parler de ce moment « sans doute, pour évacuer », glisse-t-elle.
On l’appelait « Le Saint »
« Mon grand-père maternel, Jean-Joseph Duigou, est né dans les années 1890. Il a tout de suite été mobilisé. » Comme tous les jeunes gens de cette époque, il porte fièrement une belle moustache, signe de maturité. Il revêt donc cet uniforme bleu horizon. « On pensait que ce n’était qu’une affaire de jours », confiait-il à sa fille, Joséphine, la mère de Germaine.
Ce ne sera pas le cas. Il sera présent sur tous les grands champs de bataille : la Somme, la Meuse. Il parlera, après la guerre, de ses amis morts au combat. Germaine ajoute : « Il a traversé cette période, sans une blessure. » Elle poursuit : « Ma mère m’a souvent raconté que lorsqu’il venait en permission, il ne pensait qu’à la guerre, aux champs de bataille et aux tranchées. Il cauchemardait la nuit. »
En 1918, les combats s’intensifient, le gaz fait son apparition. Il n’y échappera pas. L’Armistice signé, il rentre au village, mais passe le plus clair de son temps, dans son lit, près du feu, où les jeunes du village venaient jouer aux cartes avec lui. L’été, il marchait un peu dans les chemins, on l’appelait « Le Saint », sans doute pour sa gentillesse, mais aussi pour son état de santé.
« Il est mort, juste à ma naissance, des conséquences du gaz. Dans ma famille, mon père a été mobilisé aussi. Mais c’était la fin, il avait juste 18 ans en cette année 1918. Deux dans la même famille, c’était beaucoup, il se nommait Jean-Marie Madec. » Elle parle de son engagement, de son arrivée à Épinal (Vosges) et ce mot d’un officier qui sonnait toujours dans sa tête : « Ici on marche ou on crève. »
Jean-Marie ne sera pas démobilisé le 11 novembre 1918, il poursuivra sa période militaire dans le Sahara. Mais en 1940, il sera à nouveau sous les drapeaux. Germaine ajoute : « Nos nouvelles générations ne doivent pas oublier tout cela. »