Eugène Littoux était au Ménez-Hom

Ouest France du 31 août 2014
Modifié le 31/08/2014 à 04:00 | Publié le 29/08/2014 à 05:42
Mis en ligne le 7 mai 2019
Le 1er septembre 1944, il était sur le Ménez-Hom
Eugène Littoux était au Ménez-Hom le 1er septembre 1944. Il avait 19 ans. Il raconte cette journée. Il sera ce samedi à la cérémonie du 70e anniversaire.
Témoignage
Eugène Littoux, né rue Graveran à Châteaulin, 89 ans, du bataillon Stalingrad et de la C
ie De Gaulle.

Nous avions libéré Châteaulin le 11 août, sans bataille : les Allemands étaient déjà partis. À cette époque, je travaillais comme postier à la gare de Saint-Nic. Je renseignais Jean Charlès, un Châteaulinois résistant, sur les mouvements des Allemands, qui avaient mis le paquet sur la Presqu'île pour protéger Brest.
J'avais été blessé au genou lors d'une attaque du côté de Cast, le 28 août. Je marchais difficilement. Nous étions un groupe d'une dizaine d'hommes commandés par mon frère, Hervé Berthelot. Nous avions réalisé un brassard spécial, blanc avec une tête de mort noire, marquée SS, Section spéciale. Si les Allemands nous avaient arrêtés avec ce brassard, on était morts.
Après avoir pris Dinéault, nous sommes allés au-dessus de Trégarvan, dans une ferme du côté de Penn ar Stang. On était bien accueillis. C'était la saison du cidre. On nous a donné le pressoir, à condition qu'on aide au ramassage. On dormait dans un bâtiment, mais pas dans des lits !
Un fusil allemand
Un jour, on a reçu l'ordre d'attaquer le Ménez-Hom. Je n'avais pas peur. Je suis entré dans la Marine à 14 ans, je savais ce que c'était. Nous sommes partis de la ferme en camion. Il faisait jour, et nous devions rester à un endroit bien précis en vue du sommet. À un moment, nous sommes passés à découvert, j'ai dû dévaler la pente sur le derrière, pour ne pas être trop visible. Mon pantalon de Marine y est passé !
J'avais un fusil allemand. Un fermier de Dinéault l'avait récupéré, avec des munitions. Moi qui n'avais qu'une grenade, il me l'a donné. Nous n'étions pas dans l'armée. Nous n'avions rien, même pas d'uniformes, pas de vêtements de rechange, pas de jumelles, pas de casque. Finalement, quand Henri Birrien a hissé le drapeau français au sommet, vers 13 h, il n'y avait plus d'Allemands. Ils étaient partis dans la nuit. Ensuite, on a pris la route de la Presqu'île de Crozon. J'avais mal au genou, je ne pouvais pas suivre alors, on m'a donné un cheval russe et une charrette.
Telgruc bombardée
Sur la route vers Tal ar Groas, on a entendu le bombardement de Telgruc. On avait demandé le soutien des Américains dans le Ménez-Hom trois jours auparavant, et ils venaient seulement maintenant, alors que Telgruc était libérée !
Arrivés à Tal ar Groas, on voyait des chars américains revenir de la Presqu'île avec des prisonniers allemands. On a alors été relevés. On était casernés à l'école de garçons, l'école Marie-Curie aujourd'hui. Là, on nous a proposé de nous engager pour la poche de Lorient. J'ai refusé : j'étais engagé dans la Marine depuis 1942, considéré comme déserteur. Je suis resté dans la Marine, j'ai rejoint le centre de Rennes. Et suis parti sur le Jean Bart à Casablanca. Mais ceci est une autre histoire... »
Ce samedi, à 11 h, à Plomodiern, cérémonie du 70
e anniversaire de la bataille et de la Libération du Ménez-Hom.
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Résistance. Eugène Littoux, engagé dans le 2e bataillon Stalingrad
Le Télégramme du 20 décembre 2014

L'Anacr du Finistère (*) vient de publier un second ouvrage sur la Résistance dans le Finistère. Il est, cette fois consacré à l'histoire du 2e bataillon Stalingrad, dont faisait partie Eugène Littoux.
90 ans, le Quimpérois Eugène Littoux fait encore preuve d'une incroyable lucidité et d'une étonnante mémoire. Dans le 2e tome consacré à l'histoire de la Résistance dans le Finistère publié par l'Anacr, il livre son témoignage sur son passé de résistant dans le secteur de Châteaulin et du Porzay. Lorsqu'il commet son premier « acte de résistance » en mars 1943, le jeune Châteaulinois ignore tout de l'armée de l'ombre et des exécutions commises par l'occupant. Une raison à cela, élève à l'école des mousses de Brest, il se retrouve coincé dans cette ville par l'arrivée des Allemands.

Le mousse envoyé en zone libre


Eugène Littoux a 15 ans en 1940. « L'école continuait à fonctionner mais toute instruction militaire était désormais interdite. À la mi-mai 1941, les Allemands autorisent l'école à rejoindre la zone libre à Toulon. Ma promotion ne s'y rend qu'en octobre 1941. À Brest, nous étions ravitaillés par l'arsenal et nous n'avons jamais souffert de la faim. En zone libre, ce n'était plus pareil... ». Le 31 juillet 1942, le jeune mousse est hospitalisé pour une pleurésie, puis part en convalescence à Hyères. Le 27 novembre, les Allemands envahissent la zone libre. La flotte française se saborde. Eugène Littoux est fait prisonnier par les Italiens et vite libéré par les Allemands. À la mi-décembre, il bénéficie d'une permission de 90 jours et rejoint Châteaulin où réside sa famille.

Recruté par la Résistance


Il trouve un emploi de convoyeur des PTT sur la ligne du Réseau breton Châteaulin-Carhaix. C'est comme cela qu'il rencontre, à Spézet, un cheminot qui lui demande s'il connaît bien un certain Jean Charlès. C'est en fait un camarade d'école et le cheminot lui confie alors une lettre à lui remettre. Eugène Littoux est aussitôt recruté par Jean Charlès. Le poste qu'il occupe au Réseau breton présente un intérêt capital pour la
Résistance. Mais, fin juin-début juillet 1944, à Saint-Nic, Eugène Littoux est arrêté par les Allemands et enfermé avec d'autres dans un souterrain au Menez-Hom. « Un soldat me dit "demain Kaput"». Il est finalement libéré dans la soirée avec interdiction de dire ce qu'il a vu. Cette libération, il la doit curieusement à un « Breizh Atao », alors inspecteur du Réseau breton. « Lorsque je suis allé le remercier, il m'a alors dit : " Si vous êtes terroriste, c'est-à-dire pilleur de fermes et de bureaux de tabac, je n'aurai aucun scrupule à vous faire arrêter. Mais si vous êtes patriote, résistant, quoique ce ne sont pas mes idées, vous n'avez rien à craindre de moi" ». Le récit complet d'Eugène Littoux est à découvrir dans l'ouvrage publié par l'Anacr « Sur les traces du 1e r maquis de Bretagne, le 2e bataillon Stalingrad » (19,50 EUR).

Recherche local et document


L'association présidée par Anne Friant-Mendrès recherche toujours un local dans le Finistère pour créer son pôle Jean-Moulin ainsi que tout document en lien avec des faits de
Résistance pour compléter son fonds ou en prêt pour être numérisés. (*) Anciens combattants et amis de la Résistance.
© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/finistere/quimper/resistance-eugene-littoux-engage-dans-le-2e-bataillon-stalingrad-20-12-2014-10469480.php#qIkxTvdxaLwQ5m3X.99