« La paix et la liberté sont la garantie du bonheur des peuples » Serment de Mauthausen, 16 Mai 1945

RENNES     
La  MEMOIRE REPUBLICAINE – Une MEMOIRE TRANSMISE  
Tout d'abord le 8 juin lors de la cérémonie en hommage aux 23 résistants français et 9 espagnols fusillés le 8 juin 1944
dans ce que qui était alors la caserne du Colombier à Rennes. Là Daniel Flores (Pedrito), le fils du guérillero Pedro Flores Cano,  portait pour la première fois le drapeau aux couleurs de la République espagnole, celui pour lequel son père s'était  battu.  Sa sœur Gabrielle, née le 8 mai 1944 alors que son père était enfermé dans la  prison «Jacques Cartier», assistait également à cet hommage et, accompagnée de  Magali, la petite-fille du guérillero, elle vint déposer une gerbe devant la stèle qui porte les 32 noms.  
A la fin de la cérémonie, les officiels serrèrent tour à tour les mains des personnalités et familles présentes. Magali, émue, entendit « vous pouvez être fière de votre grand-père»; ce qui lui fit dire plus tard « aujourd'hui moi qui ne savais rien de ce grand-père d’Espagne qui nous manquait, j'apprends qu'il a donné sa vie pour la Liberté, la nôtre. J'en suis fière. Mais pour moi, il n'est pas seulement un héros de la résistance mais surtout mon grand-père; parce que les  informations obtenues par un travail de recherches sérieux et que l'on m'a transmises sur sa vie en Espagne et en France font de lui un être qui n'est pas légende mais réalité. 
Enfin nous pouvons  nous réapproprier notre histoire. Maintenant j'ai un grand-père et je peux en parler» Une mémoire transmise également le lendemain mercredi 9 juin, au Centre culturel de Cesson- Sévigné où avait lieu la remise des prix aux lauréats du concours nationale de la résistance et la déportation. Ce concours créé par d'anciens  résistants et déportés est proposé conjointement avec l'Education Nationale depuis 1961; mais ce  n'est que depuis 2006, à la sortie du livre de Gabrielle García et Isabelle Matas «  La mémoire retrouvée des républicains espagnols »qu'y figure le prix «  Pedro Flores Cano ».  Cette année, le sujet du concours était «L'appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle et son impact jusqu'en 1945». Le prix «Pedro Flores Cano» prenait alors toute son importance puisqu'il rappelait ou, tout simplement, informait le nombreux public présent dans la salle que la résistance au fascisme avait commencé quatre ans auparavant lorsque le peuple espagnol s'arma pour défendre la liberté menacée par le coup d’Etat de juillet 1936.
Cette résistance espagnole se poursuivit de l'autre côté de la frontière car les  républicains vaincus en Espagne reprirent les armes pour combattre le même ennemi en France. C'est ce guérillero, résistant espagnol, qu'évoqua avec force Mariano Otero, artiste peintre. 
Car cette année, l'ANACR Ille et Vilaine, avec Maurice Lelièvre, son président, avait apporté une nouveauté au concours: la remise d'un tableau d'artiste à chacun des 10 premiers lycées et collèges gagnants. Parmi les 10 œuvres, figurait «  le résistant » de Mariano OTERO. Il fut remis par Michel Bihan,  Maire de Cesson - Sévigné au lycée Martin Luther King de Liffré. Le peintre invité à commenter son œuvre évoqua «El guerrillero». Le tableau restera un an au lycée, à la suite de quoi il sera transféré au prochain lycée lauréat du concours. 
Puis ce fut Gabrielle García qui, pour avoir enquêté et rapporté  l'histoire des acteurs de la république espagnole, exilés en Bretagne, fut appelée à remettre un prix à l'un des collégiens, lauréat de «la meilleure copie».  Elle profita de ces quelques minutes sur l'estrade pour évoquer leur engagement et leur combat en Espagne et en France. Le moment fort arriva lorsque les deux enfants de Pedro Flores Cano descendirent les marches de l'amphithéâtre pour remettre au lauréat le prix qui porte le nom de leur père. Daniel, (Pedrito) ne put dire un mot tellement l'émotion  était à son comble; alors c'est sa sœur Gabrielle qui félicita le lauréat et évoqua ce père qu'ils n'ont pas connu et dont ils ont appris dernièrement l'action héroïque qui le mena devant le peloton d'exécution, le 8 juin 1944. 
De retour à leur place, Daniel et Gabrielle se penchèrent  silencieux et émus vers le collégien lauréat qui lisait, attentif, la biographie de leur père Pedro Flores Cano.  Un verre de l'amitié fut offert par Monsieur Michel Cadot, Préfet de la Région Bretagne et d’Ille et Vilaine. Voici un extrait de son discours: «  Le sujet choisi cette année, «  l'appel du 18 juin lancé par le Général de gaulle » est essentiel pour rappeler l'importance de la volonté et de la lucidité dans les choix politiques et combien la détermination de quelques uns peut influencer le sort collectif » au total 510 élèves ont participé au concours 2010 en Ille et Vilaine.
> Biographie de Pedro Flores Cano    
Pedro Flores Cano est né le 20 février 1917 à Las Navas de Tolosa, province de Jaén en Andalousie. D'une famille de huit enfants, il commença très jeune à travailler dans les mines de plomb de La Carolina, alors entre les mains du capital anglais. Son père Gabriel ainsi que ses frères étaient également embauchés dans la mine. Dès l'annonce du coup d'état militaire de juillet 1936, le jeune Pedro, alors âgé de 19 ans, partit défendre la république espagnole agressée; à La Carolina, il monta dans un camion avec ses camarades et  s'engagea en septembre 1936 dans le Bataillon «  Victoria ». 
Dans l'armée populaire il avait le grade de sergent jusqu'à ce jour de février 1938 où, après un acte héroïque, alors qu'il combattait dans le secteur Centre, il fut élevé au grade de Lieutenant. Pendant la Bataille de l’Ebre, il fut blessé une première fois et après un séjour à l'hôpital de Barcelone, il retourna sur le champ de bataille où, à nouveau, il fut blessé.  L'heure de la retirada arriva; Pedro Flores Cano passa la frontière par le Perthus le 6 février 1939 et après avoir connu avec ses camarades la dureté des camps du sud de la France dont celui d'Argelès, il arriva à Rennes en novembre 1941 pour travailler dans le camp d'aviation de Saint-Jacques -Rennes.  
A partir de 1942, il fut chef des groupes armés dans la résistance espagnole en Bretagne.  Pedro Flores s'illustra lors d'un attentat commis en février 1944 au cinéma Le Royal, alors réservé à l'occupant. Il y entra seul vêtu d'un uniforme allemand et posa une bombe qui fit un mort et quatre blessés. Le réseau de résistants espagnols fut trahi et Pedro Flores arrêté. Après avoir connu la prison Jacques Cartier avec une soixantaine d'autres camarades espagnols, il fut exécuté à la caserne du Colombier à Rennes le 8 juin 1944. Avec lui, 23 résistants français et huit espagnols. Les autres membres du réseau  espagnol furent envoyés dans les camps nazis de Bergen Belsen, Neuengamme et Mauthausen.
Quant à son ami Frutos Arribas, il évita l'exécution car le groupe qui se savait trahi eut le temps d'ôter les armes jusqu'alors cachées dans sa cave  Boulevard Jacques Cartier et de les transférer rue Gaillon, trois jours avant son arrestation (témoignage de son fils Frutos qui assista à l'arrestation de son père) Le corps de Pedro Flores Cano repose actuellement dans le cimetière national de Sainte Anne d' Auray.  
A la Libération, tandis que les autorités françaises rendaient hommage aux résistants, en Espagne, le jeune frère de Pedro Flores était emprisonné et torturé dans les geôles franquistes car il refusait de dire où se cachait  Pedro (témoignage de sa jeune sœur, la seule survivante des huit enfants) 
A titre posthume, le grade de sous-lieutenant lui a été conféré par le ministère de la Défense français. Pedro Flores Cano qui était le père de deux enfants, Daniel et Gabrielle, ne put connaître que son fils car Gabrielle est née alors que son père était en prison.